Association La P’tite Maison - Cabinet de curiosités sonores.

 

 
   

 




   
 
   
 


PLAYLIST ART VIDEO : CONSTELLATION SONIC YOUTH
Richard Kern, Harmony Korine, Vito Acconci, Tony Oursler, Christian Marclay


L’exposition SONIC YOUTH ETC. : SENSATIONAL FIX à Saint-Nazaire le rappelle : aimer et comprendre la musique de Sonic Youth ne peut s’envisager sans une plongée digne de ce nom dans son univers visuel et plastique. Non seulement parce que certains des membres du groupe sont eux-mêmes artistes plasticiens (Kim Gordon, Lee Ranaldo, Thurston Moore) mais surtout parce leurs rencontres, amitiés et autres collaborations avec le monde de l’Art au sens large, nombreuses et fructueuses, éclairent leur musique d’une autre lumière. Mais on peut aussi prendre cette exposition comme une invitation à découvrir le travail de créateurs plutôt hors-normes et pas toujours à l’honneur dans nos contrées.
Portrait d’une Amérique où les artistes restent indociles.

Richard Kern, Submit to me (1986) et Scooter and Jinx(1990)
Richard Kern est bien plus que le photographe et le vidéaste de la génération no wave (Sonic Youth, Lydia Lunch, Fœtus...). Chacune de ses œuvres, notamment les vidéos les plus anciennes, est conçue comme une transgression, une « énorme décharge » selon les termes de l’artiste, « où rien n’est jamais assez dur ». Sous une lumière crue et crade, Richard Kern filme ainsi des personnages qui se droguent, se percent, s’entaillent, tuent leurs parents, violent ou se masturbent en fantasmant l’inavouable. Transgressif, le cinéaste n’est cependant pas un pornographe au sens où l’époque l’entend. Sous les cascades de sperme, de sang et de sons entêtants, sous la crasse d’images sans apprêt, les femmes, dans le sur-jeu permanent, se révèlent rebelles et terriblement affranchies de la norme imposée par les hommes, comme les gogo-daseuses ironiques et cyniques de Submit to ou ces lesbiennes goguenardes de Scooter and Jinx qui semblent se moquer de vos penchants voyeuristes. Mais on retiendra surtout cette image de Lydia Lunch dans Submit to : alors que la camera glisse vers l’entrejambe de la jeune femme, celle-ci glisse une main vers un sexe dont elle sort un couteau. Celle qu’on croyait complice se jette alors sur la caméra, furieuse et déterminée à en finir. C’est dit : les femmes ne seront plus jamais ni pute ni princesse.
Submit to me

Youtube vient de retirer cette vidéo. On se contentera du clip de Death Valley 69 où certaines images du film ont été réutilisées, notamment le passage sur le couteau.
http://fr.youtube.com/watch ?v=fRVTFz2UJmY
Dans le même esprit on peut aussi se rabattre sur cette page sur Ubuweb

Scooter and Jinx

Harmony Korine, Gummo (1997), Sunday (1998)
Photographe, scénariste (pour Larry Clark), plasticien, Harmony Korine n’a pas son pareil pour filmer des enfants-lapins au regard dur qui traînent dans l’ordure et qui pissent sur les voitures qui passent sous un pont autoroutier (Gummo). Il est aussi très doué pour filmer au ralenti (faute de goût devenue sublime) un baiser d’adolescents à la sensualité brute (clip de Sunday, morceau de Sonic Youth). Transgressif, drogué, sans doute amoureux, il n’est pas dit qu’Harmony Korine appartienne vraiment à notre monde.
Sunday
Gummo

Vito Acconci, Pryings
D’abord poète, aujourd’hui architecte, Vito Acconci est pourtant d’abord connu comme vidéaste-performer. Mais on aurait tort d’opposer les médias et chercher des revirements dans la démarche de l’artiste tant celui-ci a cherché, tout au long de sa vie, à explorer une seule et même notion : l’espace. Si on comprend bien en quoi un architecte peut investir un tel concept, cela n’a rien d’évident pour un poète à priori d’abord au prise avec les mots. Pourtant, avec Vito Acconci, les mots ont bien moins d’intérêt que l’espace dans lequel ils s’inscrivent. Proche de la poésie concrète, il s’intéresse surtout à la page qu’il considère comme un espace de performance réduit. De la même manière, la vidéo, l’écran, le cadre de l’écran quelques années plus tard (dans les années 60-70) seront une manière d’explorer l’espace : espace filmé, espace intime, espace temps, espace social aussi. Espace où bien naturellement, le son a cette fois toute sa place.
Pryings (les indiscrets ou les curieux en français) fait partie de cette série de films, témoin de performances réalisées en public. Là, la caméra se focalise sur le seul espace des corps et sur le drame qui s’y joue : un homme (Vito Acconci sans doute) cherche à ouvrir de force les yeux d’une femme qui s’obstine à les tenir fermer. Filmant la scène dans sa longueur, Vito Acconci bien entendu agace, mais surtout fait réfléchir. L’action, la mise en scène et les couleurs (un Noir et Blanc standard) sont si simples, si minimales que les interprétations possibles, tellement nombreuses, se téléscopent. Faut-il y voir une réflexion sur le couple comme lieu de pouvoir et de contrôle machiste ? Une métaphore sur une société du spectacle où l’image se fait autoritaire (dieu qu’on pense à Orange Mécanique !) même dans les lieux les plus intimes ? Une incitation à l’introspection ? Le son, tout de froissements et de frottements agacés, de souffles gênés et de colères rentrées, n’amène en tout cas guère à aimer les Indiscrets.

Tony Oursler, Eyes et Caricature (années 2000)
Le travail de Tony Oursler, artiste new-yorkais lui aussi, fait étrangement écho à Pryings, l’œuvre de Vito Acconci (voir au-dessus). Alors que ce dernier s’interrogeait sur tous les sens que pouvait recouvrir l’expression « ouvrir les yeux à quelqu’un », Oursler lui dénude littéralement l’organe et le met en scène en projetant son image vidéo sur d’immenses sphères devenus écrans. Le résultat est saisissant : nous voilà contemplant des yeux eux-mêmes happés par le spectacle d’autres écrans. (eyes) Et lorsque ceux-ci finalement nous regardent, c’est en nous fixant, c’est en grimaçant, c’est en faisant grincer leurs mâchoires. (caricature) Le monde de l’image, la société du spectacle sont devenus hégémoniques sans que jamais on n’y trouve jamais vraiment notre place, sans que jamais on ne puisse s’y faire entendre.
Eyes
Caricature

Christian Marclay, Record Players et Guitar Drag
Plasticien et performeur, Marclay est de ces artistes qui va très tôt considérer l’objet-disque mais aussi le son qui en provient comme une matière qu’il est possible de sculpter et de façonner. On peut s’en rendre compte à l’écoute de ses disques (comme ici quand il réinterprète John Cage) mais aussi en visionnant les vidéos qui rendent compte de ses performances. Record Players peut être considérée comme une sorte de manifeste où l’artiste, d’humeur joyeuse, explique par le geste que l’on peut jouer d’un disque de mille et une manière. Et que cela fait aussi de la musique.
Cliquez ici pour voir Record Players
Guitar Drag, elle, est une vidéo plus inquiétante. On y voit l’artiste attacher solidement avec une corde une guitare Fender raccordée à un ampli installé à l’arrière d’un pick-up. Pendant quatorze minutes on contemple ensuite la voiture traîner l’instrument sur les routes et les chemins de campagne du Texas. Le son qui sort alors de l’ampli est cataclysmique. Du moins l’imagine-t-on car le son de Youtube ne rend évidemment pas hommage au terrible mur de larsens qui semble se construire. Il reste que l’on est vraiment happé par le spectacle. Et on s’interroge. Faut-il y voir une enième performance Fluxus sur la destruction des instruments (Cliquez ici pour un exemple) ? Une métaphore du rituel bris de guitare par Pete Townsend à la fin d’un concert des Who ? Ou alors le message est-il plus politique ? Doit-on y voir un écho à l’exécution raciste (les traditions ne se perdent pas dans le sud) de James Byrd, assassiné de la même manière sur les routes texanes en 1998 ? Les musiciens eux pourront simplement y voir une improvisation pour guitare, camionnette et paysage, un vol plané punk et métaphysique d’une guitare qu’on aimerait, pour l’éternité, en apesanteur.
guitar drag 1

guitar drag 2

no







 
Dans la même rubrique:
PLAYLIST ART VIDEO : CONSTELLATION SONIC YOUTH
Richard Kern, Harmony Korine, Vito Acconci, Tony Oursler, Christian Marclay

Playlist Zymogen netlabel
Experimental, Electronica, Ambient...

PLAYLIST SONORE ET VIDEO : L’ART À L’ETAT SONORE

PLAYLIST NON CONFORME
The psychoactive radio - 23/01/2008

PLAYLIST NON CONFORME
The psychoactive radio - 16/01/2008

Playlist Video : Ailleurs électroniques
Lignes de fuite imaginaires de la musique moderne

PLAYLIST RADIOPHONIQUE : A L’ÉCOUTE D’UN PAYS DANS (À ?) LA RUE
Radiographie d’un pays : reportages, témoignages, phonographies et pièces radiophoniques

Playlist Creative Commons 03
Netlabel ERROR ! LOFI : Anti-folk, electro-pop, expérimental, low-fi, intimist

Playlist Creative Commons 02
Netlabel MONOTONIK : Electronica, break-Beat, electro-Pop, ambient

Playlist : musique expérimentale chinoise
Quand les « barbares » ont notre visage

Creative Commons List 01
EP et LP en libre téléchargement

PLAYLIST NON CONFORME
The psychoactive radio - 31/10/2007

Playlist : Ballade en forêt moite
Mobil Ohm Radio

Playlist : intra musiques box
une sélection thématique de Pierre Durr

PLAYLIST NON CONFORME
The psychoactive radio - 10/10/2007