Association La P’tite Maison - Cabinet de curiosités sonores.

 

 
   

 




   
 
   
 


Joe Sacco, le Rock et moi
Portrait du dessinateur en mélomane qui emmerde tous les musiciens, partout ! Même Beethoven !


(JPG) Moi, ou plutôt lui, c’est Joe Sacco, dessinateur et journaliste américain. On avait connu le bonhomme, comme tout le monde, grâce à des bandes dessinées séminales où celui-ci abordait de l’intérieur la question palestinienne (Palestine) et la question yougoslave (Gorazde) (Et plus récemment l’Irak en tant que journaliste embarqué). Le genre journaliste militant, sérieux et grave. Avec Le Rock et Moi, le ton change radicalement. L’humeur est la franche rigolade. Dès la préface, nous voilà prévenu : si encore une fois le journaliste « s’infiltre » dans un milieu, il s’agit là de dépeindre le petit microcosme qui n’aura rien fait pour faire « avancer la civilisation occidentale d’un centimètre » : celui du rock des années 90.

Le Rock. Ce n’est rien de dire que Joe Sacco entretient des relations ambivalentes avec lui. Car si c’est bien une déclaration d’amour que l’on a le sentiment de lire avec le Rock et moi, celle-ci est faite sur une mode paradoxal. Si l’on résume grossièrement le propos de l’auteur, le Rock, ce n’est pas de la musique. Au mieux, c’est un T-shirt classe et potentiellement crédible. C’est une question d’Etre. Mais c’est aussi une question sociale : être rock, c’est être important auprès des gens qu’il importe de connaître parce qu’ils ont connu des gens importants qui rentraient gratos aux concerts des groupes importants. Du point de vue sexuel (très important le sexe pour le rockeur), le Rock est une force qui structure fortement les goûts et les habitudes : si vous aimez le blues, vous baiserez la femme de votre meilleur ami, c’est écrit ; si vous êtes punk, vous baiserez la chèvre de votre meilleur ami, et ça vous regarde. Si vous écrivez sur le rock enfin, sachez que vous écrivez n’importe quoi mais que c’est pas grave parce ça sonne. On l’aura compris, chez Joe Sacco, s’il y a de l’amour pour le Rock, c’est de l’amour vache. Et cela n’a aucun rapport avec la chèvre.

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Autoportrait de Joe Sacco

D’ailleurs on se demande si tout cela a le moindre rapport avec le Rock. Joe Sacco dit d’ailleurs lui-même avec une jalousie rageuse : « j’espère que vous admettrez que ma vision des musiciens et de l’industrie du disque prouve, une fois pour toute que le crayon est plus fort que la guitare, et, plus important, que si quelqu’un ici est en passe de devenir une star, c’est MOI ! » Ok man, c’est toi le plus fort ! Il faut l’admettre, si quelque chose ressort de cette BD, c’est bien son auteur : mélomane candide, journaliste franchement cynique, dessinateur au trait rond autant qu’acide (on pense à Crumb), adulescent hilarant et amer, on ne sait trop comment cerner la bête. On sait juste que l’on vient de croiser une des incarnations de cet être tyrannique et mauvais qui fait trembler les maisons de disques du monde entier : l’auditeur qui « emmerde tous les musiciens, partout ! Même Beethoven ! »

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REF :

Titre : Le Rock et moi

Auteur : Joe Sacco

éditeur : Rackham

Année : 2002







 
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