Mise en ligne le 14 mars 2008
PLAYLIST SONORE ET VIDEO : L’ART À L’ETAT SONORE
Voilà bien longtemps que j’ai lu le livre d’Yves Michaud, L’art à l’état gazeux. Essai sur le triomphe de l’esthétisme. De cette lecture, m’est resté le sentiment tenace que l’auteur n’était pas tout à fait allé au bout de sa thèse.
On ne saurait résumer à grands traits de façon complètement satisfaisante un ouvrage aussi riche. Mais en gros, on peut dire qu’il vise d’abord à mettre en évidence une tendance : la diffusion, tel un parfum, de l’art dans la vie. Il s’agit d’un essai sur l’esthétisme et notre volonté exacerbée d’embellir la vie. Mais ce faisant, le philosophe tente aussi une définition de l’art : « je suggère (...), dit-il en conclusion de l’ouvrage, que l’art n’est plus la manifestation de l’esprit mais quelque chose comme l’ornement ou la parure de l’époque. De l’œuvre autonome et organique, ayant sa vie propre, on est passé, pour parler comme Simmel, au style, du style à l’ornement et de l’ornement à la parure. Un pas de plus, juste un pas, et il ne reste qu’un parfum, une atmosphère, un gaz : de l’air de Paris, dirait Duchamp. L’art se réfugie alors dans une expérience qui n’est plus celle d’objets entourés d’une aura mais d’une aura qui ne se rattache à rien ou quasiment à rien ».
On laissera à d’autre le soin de critiquer ou de prolonger les réflexions de Michaud sur la diffusion de la beauté dans la société et sur ce qu’il faut en penser. Pour notre part, on ne peut s’empêcher de relever que le « pas » évoqué par Michaud a été allègrement franchi : l’œuvre d’art contemporaine n’est bien souvent plus que gaz. Elle s’est dématérialisée. Si l’œuvre devient gaz, parfum ou atmosphère, c’est qu’elle est devenue musique ou son. Il y a trente ans, Brian Eno ne définissait-il pas déjà la musique comme un parfum ? Aujourd’hui, si l’on suit les thèses d’un David Toop ou d’un Jean-Yves Leloup, ne vit-on pas en permanence dans un océan de sons, une sorte de
magma digital et sonore ? Notre monde, c’est un fait, a basculé. L’image et les objets n’ont plus tout à fait le même primat. L’expérience, éphémère comme une effluve, est aujourd’hui l’objet de toutes les attentes des amateurs d’art. Et dans ce bouleversement, le son (plus que la musique d’ailleurs) apparaît de plus en plus comme la clé de voute de cette nouvelle façon d’aborder l’art. Le développement récent des installations sonores et de l’art sonore en général, en est un symptôme patent.
Cette playlist, comme un écho aux salons d’écoute que nous organisons parfois, propose un échantillon de cet art à l’état sonore en train d’advenir.
Bonne écoute.
Si-cut.db, mirror’d, [term.07]
Kenneth Kirschner, 18th of June 1995, sur l’album Maundered Souls [rain022]
l’album est téléchargeable en cliquant ici
Andrew Chalk, The Prophet, sur l’album Time of Hayfield
le site de l’artiste en cliquant ici
Adrian Juarez, Gluten, sur l’album Gluten [far from business 18]
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Mitchell Akiyama, Wonder Coma, sur la compilation Many Things Worth Living For [Autoplate 020]
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Steve Roden, 4’33’’ (schindler house), sur la compilation The Sonics of Art Spaces [Stasisfield]
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FOURM, CENT.FIL, sur l’album CIL [Stasisfield]
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L’ART SONORE À L’ETAT DE VIDEO
Mark Kremers, Tone poem
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John Kannenberg, extraits du DVD Autumn Enso : a video painting [Stasisfield]
Extrait 1
Extrait 2
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