Animal Collective, Strawberry Jam Du sang, des morts et de la barbapapa de paradis
Dans la vie réelle, lorsque la nacelle d’un manège lancé à toute vitesse se décroche, il y a du grabuge, il y a du sang, il y a des morts. Des morts pas beaux à voir.
Dans la vie rêvée de Panda Bear, d’Avey Tare et de leurs copains, c’est autre chose. La nacelle qui devait logiquement se vautrer sur le sol reste en lévitation, prend peu à peu de l’altitude et se dirige vers la stratosphère. Cette habitude est ancienne (tant de grands album de Sung Tongs à Feels en passant par le Person Pitch de Panda Bear) mais leur dernier album, Strawberry Jam, les installe définitivement au firmament de la pop. Et ce n’est plus en étoile filante, en clandestin, qu’ils parcourent désormais les hauts cieux, c’est en propriétaire d’un p’tit nuage de barbapapa magique.
Pour tout dire, ce nuage, on ne peut guère le visiter. Les New-Yorkais sont encore trop occupés aujourd’hui à prendre la poudre d’escampette. A déguerpir loin de leur confort. A chercher à prendre la vague d’un courant d’air ascensionnel. Et le goût pour le sport est finalement resté le même : chevauchée fantastique sur des buses prêtées par les dieux sioux, grandes glissades électroniques sur des chœurs d’enfants chatouillant les anges, pilotage de voiture TCR sur le circuit installé par la confrérie des Premiers Ministres morts. Tout.
Tout est resté intact ! Les copains d’Animal Collective restent profondément immatures, intensément idiots, génétiquement décalés. Puisant toujours à la source de jouvence des chœurs éternels des Beach Boys, du Krautrock déjanté, des transes indiennes allumées, des comptines lo-fi enlevées (on pense parfois à Daniel Johnston) et de l’électronique la mieux débraillée, ces inventeurs de manèges pop sont plus que jamais hors-cadre, hors-monde. Définitivement au loin.
Et on ne peut plus guère que rêver pour les approcher. Quelles filles draguent-ils sur leurs danses des canards synthétiques ? Comment emballent-ils sous leur lune analogique ? Gobent-ils les étoiles et les ortolans mélodieux sous les yeux médusés des policiers du bon Dieu ? On se dit que chez eux, là-bas, les rencontres se font les joues pleines. Des joues pleines prêtent à se dégonfler sous la pression d’un doigt goguenard. Oui c’est ça. C’est un peu ça Animal Collective. Des joues qui font prout. Une bouche qui fait pouet dans la tête. Comme pour faire exploser des bulles de savon de paradis.