portrait du blogueur en Stakhanov moderne
Il y a quelques années, quand j’avais encore besoin de travailler dans la restauration rapide, il y avait cette photo d’un collègue en habit bleu et blanc (mais aussi quelques tâches de graisse un peu jaunes. Sans doute les frites) qui trônait dans le hall principal du restaurant où j’avais été embauché pour les vacances. C’était l’employé du mois. « Le meilleur d’entre nous », surenchérissait notre chef d’agence, « la crème des salariés ». Je ne vous dis pas l’ambiance nord-coréenne qui règnait dans ces stalags à la gloire du stakhanovisme ultra-libéral... Les autres regardaient la photo avec envie, avec tendresse, avec dévotion. Leurs lèvres tremblaient. Un peu. On sentait bien qu’ils n’auraient pas craché sur ce type de reconnaissance. « Tu sais, j’ai mon loyer à payer... », m’expliquait-on quand ma moue semblait signifier que j’avais du mal à me sentir concerné. Aujourd’hui, je crois que je ne relèverais plus. Je n’aurais plus de mépris. Après tout, chacun court après la carotte qu’il peut...
Et puis patatras !
Alors qu’on ne m’avait même pas dit que j’étais nominé, voilà que l’on m’annonce que Mobil Ohm et tout le site ont été élu ( ?), promu( ?) (je ne sais plus) site du mois par l’excellent site de
Sonhors. Sentaient-ils du côté de Rennes (c’est de là que vient Sonhors) que j’avais besoin de ma revanche sur le système ? Ont-ils compris que je rongeais mon frein en attendant l’ascenseur social ? En tous les cas, même si je ne m’explique pas pourquoi, c’est comme un poids qui s’en va...Merci.

A mon tour désormais de remettre les récompenses. (Les promotions, ça donne des droits !) Depuis quelques mois je suis un petit groupe de nanas (semble-t-il) qui bien souvent m’étonne. Leur blog,
thiswomencoil, a beau se consacrer principalement à l’indie-pop au sens large, il est d’une indéniable fraîcheur. Plusieurs raisons à cela : le choix d’une ligne thématique stricte (les femmes rien que les femmes) ; des fuites toujours plus nombreuses hors des sentiers balisés (notamment loin de l’indie-pop. Ben oui, il faut toujours aller voir ailleurs) ; le choix de ne pas parler pour ne rien dire (ça change) et le soin accordé à l’écriture (ça change). Enfin surtout une bonne dose de mauvaise humeur qui fait passer le schtroumpf grognon pour l’élève le plus populaire du collège. Cela fait beaucoup pour un même blog. Tout cela méritait bien une médaille en chocolat.
http://www.thiswomencoil.net/.
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