SOMMET DE L’OTAN À STRASBOURG LES 3 ET 4 AVRIL : LE SILENCE ET LES TROMPETTES DE JÉRICHO (2)
Extrait d’un journal intime d’un anonyme strasbourgeois
Non il n’a pas neigé cette nuit. Mais c’est tout comme. Un silence lourd règne dans mon cocon. Dans ma cachette sous les toits. C’est que les bulles qui m’entourent sont particulièrement étanches. Des milliers de forces de police ceinturent la zone orange où je vis. Quelques milliers encore étouffent la zone rouge autour de la cathédrale. Au milieu, mon appartement est ce havre de paix inquiète que semble aussi devenir la ville. La ville, justement, à cette heure matinale je ne la perçois plus que par des écrans paniqués. Un reportage (il y en aura bien d’autres encore dans la journée) relate les émeutes de la nuit. Un journaliste blessé. Du vandalisme. Des pillages. Des centaines de casseurs arrêtés dans la forêt de la Ganzau. Le jeu du chat et de la souris entre bloc noir et police a commencé. C’est impressionnant, mais cela n’a rien de surprenant. Tout ce qui s’est mis en place ces dernières semaines ne semble l‘avoir été que pour ce rituel. Mais au delà de ce simulacre entre adultes consentants, il y a une chose qui frappe plus particulièrement. A la désespérance noire des militants altermondialistes s’est mêlée la rage des jeunes du quartier du Neuhof où se sont déroulés les heurts. C’est ce bruit, ce grand bruit-là qui a véritablement fracassé mon écran. Un peu comme si la muraille de Jéricho venait de se fissurer quelque peu. Et je ne peux m’empêcher de songer à la conclusion de la lettre, parue dans le journal Le monde, de ce membre du groupe de Tarnac, Gabrielle Hallez : « Finalement, la prison est peut-être en passe de devenir un des rares lieux où s’opère la jonction tant redoutée par M. Sarkozy : "S’il y avait une connexion entre les étudiants et les banlieues, tout serait possible. Y compris une explosion généralisée" ». Je ne sais, pour ma part, ce qui se passe en prison, mais au loin, dans les marges tumultueuses et bruyantes de Jéricho, des regards se sont croisés, des mains se sont serrées, des rendez-vous ont été pris. On dit qu’au milieu des émeutes, un simple clown jouait d’une simple flûte. Ultime provocation sans doute. Mais certains, dans le centre de Jéricho, ont bien eu vent de ses quelques notes de farouche liberté.
Extrait d’un journal intime d’un anonyme strasbourgeois, vendredi 3 avril
Rue des grandes arcades, 17h30
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