Association La P’tite Maison - Cabinet de curiosités sonores.

 

 
   

 




   
 
   
 


SOMMET DE L’OTAN À STRASBOURG LES 3 ET 4 AVRIL : LE SILENCE ET LES TROMPETTES DE JÉRICHO
Extrait d’un journal intime d’un anonyme strasbourgeois


(JPG)
Bunker du mur de l’Atlantique

Chappe de plomb ! Parler de la contrainte que constituera la présence dans le quartier de nombreux chefs d’Etat lors du sommet de l’OTAN est devenu absurde. Cela n’intéresse personne. Fonctionnaires de police comme simples citoyens. Les journaux, eux-mêmes, envoient le même signal : « C’est comme ça ». « Il n’y a rien à faire ». Il faut s’adapter. Et comme « c’est comme ça », et comme « il n’y a rien à faire », il n’y a rien à en dire non plus. Alors taisons-nous, supportons en silence, organisons-nous et attendons que la vie reprenne son cours. Si les gens trouvent à s’agiter, c’est uniquement sur le fond : la réintégration de la France dans le commandement de l’OTAN. Ah le bel esprit d’indépendance ! Ah le bel anti-américanisme ! La forme pourtant mériterait que l’on s’attache davantage à elle. Devons-nous, même temporairement, accepter de vivre dans un ghetto (comme je l’ai pensé dans un premier temps), dans un bunker (comme j’y pense de plus en plus) ? Je ne peux m’empêcher de penser que la forme que l’on va faire prendre à notre quartier (comme tant d’autres sommet du même genre l’on imposé à tant d’autres quartiers dans d’autres villes) est une forme concentrée de ce qu’est en train de devenir notre démocratie : un territoire confiné et claustré où la parole, la question tendent à devenir dissidentes. Après tout le bunker n’est guère qu’une forteresse. Elle n’a pas fonction à être agora. Elle doit surveiller, protéger, défendre. Elle est un des instruments de la guerre. Mais contre qui nos dirigeants font-ils la guerre ? Ici, il s’agit officiellement de repousser une attaque toujours possible (combien de fois les autorités insistent-elles sur ce possible) d’al-Qaida, mais surtout il faut empêcher les contestataires, les « anti », que l’on veut confiner à la marge de la ville, de faire entendre une autre musique dans les lieux mêmes du pouvoir. La démocratie semble donc se concevoir de plus en plus comme un lieu clos et policé (policier), lieu clos qui, par son existence même, entérine l’existence d’un en-dedans et d’un en-dehors. L’en-dedans, ce bunker qui s’enterre dans la ville même, qui se love dans le paysage banal des rues, qui se cache dans le silence que l’on veut complice de la population, cet en-dedans ressemble peu à peu à la tombe même de la démocratie comme les bunkers du murs de l’Atlantique étaient autrefois (je cite Virilio) « les monuments funéraires du rêve allemand ». L’en-dehors, lui, est comme le lieu des nouveaux Barbares, ces Autres que l’on laisse au flux, au flot dérisoire de leurs propres paroles, de leurs propres trompettes. Ceux-là ne sont acceptables que dans la mesure où ils restent loin, très loin de Jéricho. Nos gouvernants pourtant, sans doute par inculture, ignorent que dans Jéricho, Rahab, une prostituée, accueillit deux espions. Ce sont ceux-là qui préparèrent la vague de son qui détruisit les remparts de la cité. Nul doute que « ceux-là » sont bien plus nombreux qu’il n’était prévu. Je l’espère en tout cas.

Extrait d’un journal intime anonyme , Mercredi 11 mars

Voir aussi ici







 
Dans la même rubrique:
SOMMET DE L’OTAN À STRASBOURG LES 3 ET 4 AVRIL : LE SILENCE ET LES TROMPETTES DE JÉRICHO (2)
Extrait d’un journal intime d’un anonyme strasbourgeois

SOMMET DE L’OTAN À STRASBOURG LES 3 ET 4 AVRIL : LE SILENCE ET LES TROMPETTES DE JÉRICHO
Extrait d’un journal intime d’un anonyme strasbourgeois

Baader-Meinhof Blues
Extrait d’un journal intime anonyme

Rencontre en Video avec Charlemagne Palestine
chemise hawaienne, chaussettes multicolores et musique sacrée

Musique et politique : quand le son fait sens
Un blog pour donner un sens plus politique à la musique

Brion Gysin, I am (that I am)
Le cut-up et la permutation de l’Etre

Les Rutopiques
Appel à contribution imaginaire, proposé par la Cie : le Bruit qu’ça coûte

Hommage à Dostoïevski
par le musicien Cyril Alata

Par le petit bout de l’oreilette Spécial été
Les derniers potins sonores de Sonoris Causa

PAR LE PETIT BOUT DE L’OREILLETTE Volume 2
Potins sonores proposés par Sonoris Causa

Participatives Audio Project
par Julien Quentel

Interview ROUTE 2 : Vincent Posty, Aymeric de Tapol
Réflexions sur l’improvisation électroacoustique

Portrait du mélomane une souris à la main

Autoportrait sonore en "spacemariachi" au marché de Noël

Saul Williams interviewé par des lycéens alsaciens
Quand le Hip Hop en appelle à Shakeaspeare...