Nous sommes le 9 février 2006. Je viens de découvrir un electro-acousticien qui n’a pas froid aux yeux. C’est le moins que l’on puisse dire.
Il s’agit de William Basinski, Américain, New yorkais, minimaliste façon Reich, ambient façon Eno. Un peu Riley aussi. Il est arrivé une drôle d’histoire à ce gars. Une histoire qui fera sans doute de lui un gars célèbre à l’avenir.
Au départ, Basinski est un bucolique. Il est comme ses aînés
minimalistes, il aime les grands paysages dégagés de l’Amérique. Désertique ou verdoyante, il aime d’abord la nature et les grands espaces à la John Ford ou à la Rothko, comme on voudra. Sauf que voilà : ces paysages sont aussi une chimère : la nature vierge, les paysages nus, cela a-t-il encore un sens ?
D’ailleurs lorsqu’il retrouve dans son grenier des bandes enregistrées par lui dans les années 80, elles semblent subir le même phénomène : elles se dégradent ; un peu à la manière des grands paysages américains.
Il décide alors, pour stopper l’effacement de la musique, de
transférer telles quelles ces bandes sur support numérique : cela donne ce disque : Disintégration Loops. C’est-à-dire que non seulement il fait naître un paysage mais en révèle la dégradation.
Mais surtout, surtout...
MPEG Desintegration Loops de William Basinski (Source : projects.design)
Alors qu’il fait ce transfert des vieilles bandes sur support numérique, il se décide à regarder vers la fenêtre... Nous sommes le 11 septembre 2001, à New York, William Basinski voit apparaître sa ville en feu ; les attaques terroristes viennent d’avoir lieu ; de la fumée, lourde et épaisse envahit tout le ciel. Il prend alors sa caméra. La fixe. Et filme en long plan séquence. Sa musique sera la bande son de l’événement.
En fait, pour tout dire, c’est époustouflant. Car les images ne disent rien. Il ne se passe rien. On ne VOIT rien. Pourtant le destin vient de frapper. Et de fait, on SAIT que quelque chose meurt. Un paysage sans doute. Mais aussi on le sait, et on l’a sans doute toujours su, quelque
chose de bien plus grave encore...La paix sans doute, la démocratie qui sait...Peut-être la musique qui, par son infinie lenteur, par la contemplation, la réflexion qu’elle offre, dit le mieux le monde...Et qu’il est triste le monde...
NONO