Association La P’tite Maison - Cabinet de curiosités sonores.

 

 
   

 




   
 
   
 


Baader-Meinhof Blues
Extrait d’un journal intime anonyme


Un vieil adage chinois dit qu’il faut « tuer le poulet pour effrayer le singe ». Machiavel, en Europe, aurait sans doute agréé ce type de sentence. Il est absolument nécessaire aux Etats que les peuples n’en quémandent pas trop. Qu’ils restent bien assis, à leur place, les yeux bien fermés. Un fleuve se doit de rester dans son lit. Une porte se doit de rester dans ses gonds. Et si celle-ci doit laisser les grands vents s’engouffrer, tout juste admettra-t-on qu’elle se mette à grincer ou à couiner. Les bruits de la rue doivent conserver cet aspect mécanique et prévisible d’une porte qui claque au cœur de la tempête. Les bruits de la rue n’ont pas à s’abandonner aux hasards et à la folie. C’est pourquoi, il faut, il faudrait faire peur aux bruits de la rue et les assourdir de plus grands bruits encore. Souvent, cette entreprise est une réussite. Mais parce qu’elle est une réussite, elle est aussi un aveu : nos gouvernants ont peur. Nos gouvernants ont peur de leur peuple. Leur politique de sécurité ne vise que leur propre sécurité. L’Etat finalement n’aime les siens que lorsque leurs élans citoyens s’éloignent des brises stimulantes des idées et des prises de décision et se borne à la charité. Lorsqu’ils donnent au Téléthon, à un pauvre dans la rue ou s’engagent pour une cause humanitaire au goût d’aventure coloniale. L’Etat aime ses citoyens lorsqu’ils sont des travailleurs sociaux bénévoles. Pourtant être soi au milieu des siens peut avoir une autre allure. Aujourd’hui j’écoute en boucle Baader Meinhof Blues. Un blues électronique ravageur et hypnotique comme on en écrivait dans les années 70. Richard Pinhas, son auteur, quand il l’édita sous forme de 45 tours, proposait à l’époque à chaque personne qui achetait le disque de renvoyer des dons à la Fraction Armée Rouge. Façon habile de détourner les mauvais réflexes de charité. Façon de dire aussi que l’on a beau vouloir effrayer le singe, le poulet n’est toujours pas mort.

Extrait d’un journal intime anonyme, Samedi 27 décembre 2008

Cliquez ici pour écouter Baader-Meinhof Blues







 
Dans la même rubrique:
SOMMET DE L’OTAN À STRASBOURG LES 3 ET 4 AVRIL : LE SILENCE ET LES TROMPETTES DE JÉRICHO (2)
Extrait d’un journal intime d’un anonyme strasbourgeois

SOMMET DE L’OTAN À STRASBOURG LES 3 ET 4 AVRIL : LE SILENCE ET LES TROMPETTES DE JÉRICHO
Extrait d’un journal intime d’un anonyme strasbourgeois

Baader-Meinhof Blues
Extrait d’un journal intime anonyme

Rencontre en Video avec Charlemagne Palestine
chemise hawaienne, chaussettes multicolores et musique sacrée

Musique et politique : quand le son fait sens
Un blog pour donner un sens plus politique à la musique

Brion Gysin, I am (that I am)
Le cut-up et la permutation de l’Etre

Les Rutopiques
Appel à contribution imaginaire, proposé par la Cie : le Bruit qu’ça coûte

Hommage à Dostoïevski
par le musicien Cyril Alata

Par le petit bout de l’oreilette Spécial été
Les derniers potins sonores de Sonoris Causa

PAR LE PETIT BOUT DE L’OREILLETTE Volume 2
Potins sonores proposés par Sonoris Causa

Participatives Audio Project
par Julien Quentel

Interview ROUTE 2 : Vincent Posty, Aymeric de Tapol
Réflexions sur l’improvisation électroacoustique

Portrait du mélomane une souris à la main

Autoportrait sonore en "spacemariachi" au marché de Noël

Saul Williams interviewé par des lycéens alsaciens
Quand le Hip Hop en appelle à Shakeaspeare...